Voici une histoire que je suis depuis le début. Elle n'est pas encore terminée, mais elle est assez symptomatique de la difficulté à concilier la visionparentale de l'instyruction beaucoup plus libre et moins orthonormé que celles des employés de l'éducation nationale . il ne faut pas oublier que les inspecteurs n'ont pas à se référer aux programmes scolaires quand ils font leur évaluation, ni que c'est le fait que l'enfant reçoit bien une instruction compatible avec ses capacités et son état de santé quidoit être vérifié, c'est-à-dire que ce n'est pas l'enfant qui doit être contrôlé , mais l'instruction qui lui est donné. D'ailleurs les inspecteurs ne se permettraient ( et ne doivent pas ) évaluer les enfants dans les écoles mais les enseignants...

La justice sèche sur le cas de Jason,
le garçon qui ne veut pas aller à l'école
Le tribunal administratif a donné raison à une maman... condamnée à de la prison avec sursis parce qu'elle refuse de scolariser son enfant

Armel LE NY - Charente libre - 14.10.2006


 

Le petit Jason, 8 ans, n'ira pas à l'école de Paizay-Naudoin cette année encore. Le tribunal administratif de Poitiers vient de donner raison à sa maman, qui peut pousser un gros ouf de soulagement. En avril dernier, Robin Clochard avait été condamnée à 15 jours de prison avec sursis par le tribunal correctionnel d'Angoulême parce qu'elle refusait d'inscrire son enfant à l'école. Visiblement, la justice sèche sur le cas de cette famille qui a choisi d'instruire leurs enfants sans contrainte, à leur rythme et en fonction de leurs envies.
Insuffisant, avaient estimé les inspecteurs de l'Education Nationale, qui avaient contrôlé les connaissances de Jason au printemps 2005. Ils s'étaient vite aperçus que, contrairement à ses camarades de CE1, l'enfant, certes bilingue, ne savait ni lire, ni écrire. Aussitôt, ils avaient mis en demeure Robin Clochard d'envoyer son enfant à l'école.
La maman avait refusé, sûre de son bon droit. «La loi exige seulement d'amener l'enfant, à l'issue de la période d'instruction obligatoire c'est-à-dire à 16 ans, à un niveau comparable à celui des enfants scolarisés, explique-t-elle. D'ici là, Jason aura appris à lire!».
C'est exactement ce que le commissaire du gouvernement est venu dire devant le tribunal administratif il y a quinze jours. Et ce que le juge a repris dans ses attendus: 

«Dans le cas où le contrôle révèle une distorsion entre les connaissances de l'enfant concerné et celles habituellement acquises par les enfants de même âge scolarisés, ce simple constat ne peut à lui seul caractériser une insuffisance des résultats du contrôle de nature à justifier que les parents soient mis en demeure d'inscrire leur enfant dans un établissement d'enseignement public ou privé (…). Le seul motif que Jason présentait un retard d'environ un an et demi dans l'apprentissage des savoirs fondamentaux par rapport à un enfant scolarisé de son âge ne pouvait à lui seul fonder la décision contestée».

La cour d'appel de Bordeaux devra trancher

Le tribunal a par ailleurs retenu que «ce constat d'insuffisance a été réalisé moins d'un an après le début de l'instruction obligatoire de Jason, dont l'enseignement se déroule de façon bilingue, compte tenu de l'origine américaine de sa mère».

Le juge a enfin estimé que «les dates trop rapprochées des deux contrôles (les 25 mars et 17 mai 2005, ndlr) n'ont pas permis de révéler une éventuelle progression de l'enfant».

En infligeant 15 jours de prison avec sursis à Robin Clochard, le tribunal correctionnel d'Angoulême avait estimé l'inverse. Au point de durcir les réquisitions du procureur, qui s'était contenté de demander «une condamnation avec un ajournement de peine et mise à l'épreuve».
«Je ne vous cache pas que c'est une situation ubuesque», s'étonne Me Voche, l'avocat poitevin qui a plaidé pour Robin Clochard devant le tribunal administratif. Mais le plus ennuyé, c'est sans doute l'inspecteur d'académie de la Charente. Doit-il se ranger à la décision du tribunal administratif ou obliger malgré tout Jason à retourner à l'école, sur la foi du jugement pénal? «Je vais consulter les services juridiques du rectorat», prévient-il, lui aussi perplexe.
La réponse est sans doute entre les mains de la cour d'appel de Bordeaux. Saisie par la maman à la suite du jugement d'Angoulême, elle examinera l'affaire à son tour le 10 janvier prochain. Si elle devait rendre un avis différent de celui du tribunal administratif, l'Education Nationale n'a pas fini de s'arracher les cheveux sur le problème de l'évaluation des enfants non scolarisés.
Voilà en tout cas une jolie leçon grandeur nature pour le petit Jason: il ne suffit pas de savoir lire et écrire pour retrouver son latin dans le droit français!

 

Les libres enfants de Paizay-Naudouin devant la justice

Armel LE NY - Charente libre - 16 mars 2006

Ils veulent se charger eux-mêmes de l'instruction de leurs enfants.
Ils comparaissaient hier en justice parce qu'ils refusent d'inscrire le petit Jason à l'école du village
 

Robin et Jean-Jacques Clochard se demandent bien ce qu'ils font là. A cette barre du tribunal correctionnel d'Angoulême où ont défilé juste avant eux un escroc, un pervers pépère et quelques fumeurs de joint. Ce couple d'une trentaine d'années qui coule des jours heureux au milieu des champs du côté de Villefagnan n'est pas du genre à toucher à un cheveu de leurs enfants. Au contraire. Jason, 7 ans, et Alice, 4 ans, font ce qu'ils veulent. Ne surtout pas confondre avec des enfants rois. Ils sont des enfants libres. Libres de grandir à leur rythme, libres y compris de ne pas aller à l'école. Pour Robin, la maman d'origine américaine, une bonne éducation ne peut pas se faire sous la contrainte.

L'Education Nationale ne partage pas tout à fait les mêmes conceptions. Et c'est bien le problème. Contrairement à ses petits camarades du même âge qui sont en CE1, Jason ne sait ni lire, ni écrire. Inconcevable, pour les inspecteurs qui ont procédé aux évaluations réglementaires. En octobre dernier, l'inspecteur d'académie a mis en demeure les parents Clochard d'inscrire Jason à l'école communale de Paizay-Naudouin. Ils ont refusé. Ils ont attaqué au tribunal administratif. Mais ils ont été pris de vitesse par la justice pénale devant laquelle ils ont dû comparaître hier. Pour un procès exceptionnel. Ce n'est, selon les associations impliquées dans ce débat, que la deuxième fois que des parents prônant ce type d'éducation sont poursuivis en justice.

Six mois de prison et 7.500 € d'amende

Robin et Jean-Jacques Clochard ont de quoi être anxieux. Pour des délinquants de leur trempe, la loi prévoit six mois d'emprisonnement et 7.500€ d'amende.

Le jugement sera rendu le 5 avril prochain. Au terme d'un débat essentiellement juridique, le procureur Denys Baillard a requis la condamnation des parents. Mais en suggérant un ajournement de peine avec mise à l'épreuve, il a aussi préconisé l'apaisement, souhaité un compromis entre la rigidité de l'administration et les aspirations philosophiques des parents. Un compromis qui sera difficile à trouver. Jean-Jacques, le papa, ouvrier maçon, garde un mauvais souvenir de ses années à l'école qui se sont soldées par un échec. Malgré ses études brillantes et son bac + 4, Robin a la sensation de s'être beaucoup ennuyée sur les bancs de la public school américaine.

Malgré tout, quand Jason a eu trois ans, ils l'ont inscrit à la maternelle de Pazay-Naudouin: «Il y a passé cinq semaines. Tout semblait bien se passer. mais après les vacances de Noël, il n'a plus eu envie d'y retourner, sans que l'on sache vraiment pourquoi», raconte la maman.

Elle a alors décidé de s'occuper elle-même de Jason et de sa petite sœur Alice. Mais contrairement à beaucoup de parents qui choisissent l'instruction familiale, elle ne refait pas l'école à la maison. Il n'y a pas de livre officiel, pas de cahier et le petit tableau noir n'est qu'un jouet parmi les autres: «On lui propose plein de choses mais sous forme de jeux, d'expériences. Et on ne fait que ce qu'il a envie de faire», explique Robin, qui se sert beaucoup d'internet. Tout est prétexte à une leçon, la fabrication d'un gâteau, un déplacement en voiture, un soin aux oiseaux ou au lapin: «On utilise tout ce qu'on a devant nous»

Jason parle anglais couramment, manie la souris d'ordinateur comme un as, se passionne pour les sciences et le bricolage. Une partie du rapport de l'Education Nationale est presque élogieuse: «L'enrichissement culturel semble relativement riche et stimulant: livres, albums, jeux vidéos, jeux éducatifs, jeux et jouets de toute nature, TV et accessoires».

Face aux contrôleurs il fait la mauvaise tête

Seulement, quand les inspecteurs ont voulu procéder à la vérification des connaissances de Jason, ça s'est plutôt mal passé: «La première fois, à la maison, il n'a pas voulu répondre aux questions, sourit la maman. Et la deuxième fois, à Angoulême, ça s'est passé dans un climat hallucinant, presque hostile».

La sanction est tombée: «Le contrôle des connaissances fait clairement apparaître un retard d'un an à un an et demi dans le domaine des apprentissages fondamentaux», conclut le rapport. «On est bien obligé d'évaluer les choses par rapport aux programmes. Sinon, on ne sait pas faire», explique Philippe Carrière, inspecteur d'académie de la Charente. C'est justement ce que contestent les parents Clochard: «La loi exige seulement d'amener l'enfant, à l'issue de la période d'instruction obligatoire c'est-à-dire à 16 ans, à, un niveau comparable à celui des enfants scolarisés dans les établissements publics ou privés. D'ici là, Jason aura appris à lire. On espère aussi qu'on l'aura emmené à un niveau supérieur», espère Robin. Elle se base sur l'expérience menée avec son premier fils. Déscolarisé pendant quelques mois, cet ado a réintégré le système scolaire avec succès.

Pour Fanny Bagouët, l'avocate de la famille Clochard, l'Education Nationale est vraiment mal inspirée de venir chercher des poux dans la tête des libres enfants de Paizay-Naudouin: «On a tous eu connaissance de cette enquête catastrophique publiée il y a quelques mois montrant que 10% des élèves entrant en sixième ne maîtrisaient ni la lecture, ni l'écriture». Leurs instituteurs n'ont jamais été poursuivis pour carences éducatives!



06.04.2006
Elle refusait de scolariser son enfant: prison avec sursis

Robin Clochard est atterrée. Cette mère de famille de Paizay-Naudouin a été condamnée hier à 15 jours de prison avec sursis par le tribunal correctionnel d'Angoulême. Elle avait comparu le 15 mars dernier, poursuivie parce qu'elle refuse d'inscrire son fils Jason, 7 ans, à l'école (CL du 16 mars). «Le procureur n'avait même pas réclamé ça», s'étonne la jeune femme. Au terme de réquisitions très mesurées, Denys Baillard avait en effet suggéré un ajournement de peine avec mise à l'épreuve. La présidente Doutroewe-Cochaud et ses assesseurs se sont montrés plus sévères.

Le tribunal a notamment estimé que l'Inspection d'Académie, qui déplore que Jason ne sache pas lire, était fondée à contrôler l'acquisition des connaissances en fonction de ses programmes.

Robin Clochard, qui a par ailleurs déposé un recours devant le Tribunal Administratif, va faire appel et continuera de se charger elle-même de l'instruction de ses enfants, avec sa méthode: «Ce jugement ne change rien. Les arguments avancés ne m'ont pas convaincue», explique-t-elle.

Seule note de réconfort, les très nombreux témoignages de soutien reçus par la famille, «pas toujours de parents partageant nos conceptions», se félicite la maman de Jason et d'Alice.